Article rédigé par : James Benjamin, membre du conseil d’administration de MAF Australie
L’aube était encore fraîche, et le ciel d’un rose pâle se reflétait sur la mer calme de Banda. Je quittais mon domicile à Metiaut, près de Dili, pour me rendre à l’aéroport international Presidente Nicolau Lobato et tester le service de navettes aériennes intérieures récemment mis en place par MAF Timor-Leste. Ce service permet de transporter les habitants vers et depuis les districts reculés, le personnel des ONG, les représentants du gouvernement, les hommes d’affaires, les vacanciers et le fret, notamment les grains de café et autres produits agricoles nécessitant un transport rapide et sécurisé vers les marchés.
Le Timor-Leste possède de hautes chaînes de montagnes et de profondes vallées creusées au fil du temps par les fortes pluies et les rivières au courant rapide. Entouré de mers tropicales chaudes, il partage la moitié de son territoire avec le Timor occidental, qui fait partie de l’Indonésie.
En entrant dans le nouveau petit salon d’embarquement, j’ai été accueilli par Ping, pilote de MAF, qui m’a offert une tasse de café cultivé au Timor. Après une dizaine de minutes, Ping m’a conduit au VH MAF, un Airvan GA 8 rutilant et impeccablement entretenu, stationné juste derrière son hangar, prêt pour sa prochaine mission.
Nous sommes montés à bord à trois, accompagnés d’un autre membre de l’équipe de soutien au sol du MAF, et nous nous sommes attachés. J’ai eu la chance d’occuper le siège du copilote. Après avoir actionné plusieurs interrupteurs et effectué diverses vérifications, Ping a crié : « Hélice dégagée !» et, après quelques tours de démarreur, le gros moteur à six cylindres à pistons s’est mis en marche avec un ronronnement rassurant.
Après quelques vérifications supplémentaires, une vérification pré-vol et les prières de Ping pour un vol sans incident, nous avons pris la route vers la piste 08 avant de virer à l’est pour le décollage. Moteur allumé, nous étions en l’air en un rien de temps, avec une vue imprenable sur Dili par tribord, tandis que nous nous dirigions vers notre première escale, Baucau.
À environ 900 mètres d’altitude, au-dessus de la statue du Christ (connue localement sous le nom de Cristo Rei), nous avons été accueillis par un ciel dégagé et des pentes montagneuses d’un vert velouté. L’Airvan semblait immobile tandis que la côte nord défilait lentement sous nos yeux, la route côtière et ses nombreux véhicules (voitures, camions et motos) paraissant de plus en plus petits. En un rien de temps, nous avons atteint notre altitude de croisière de 1500 mètres. Ping a alors pu enfin savourer son café à emporter et une viennoiserie chaude.
Peu après, nous avons entamé notre descente vers l’aéroport de Baucau, que je ne pouvais distinguer de mon œil non averti qu’une fois presque au-dessus. Nous avons effectué un rapide passage à basse altitude au-dessus de la ville de Baucau avant de nous aligner pour l’atterrissage sur la piste en bitume. À notre arrivée, des représentants locaux de MAF nous attendaient. Ping leur a expliqué où il souhaitait que les panneaux publicitaires du nouveau service de navette soient placés. Respectant un horaire serré, en moins de dix minutes, nous étions à bord, attachés et roulions sur la piste avant de faire demi-tour pour le décollage.
En vol, nous cap au sud-est, en direction de Viqueque, près de la côte sud. En quelques minutes, d’épais nuages blancs et gris de basse altitude s’amoncelaient rapidement au-dessus des contours escarpés des chaînes de montagnes et des collines que nous traversions.
Ping fut surpris de la rapidité avec laquelle ce temps typique de la saison des pluies s’installait si tôt dans la journée. D’où l’importance de respecter scrupuleusement le programme de vol, car tous les vols MAF au Timor-Leste sont effectués à vue. Les toits de Viqueque apparurent et nous amorçâmes une approche pour atterrir sur la piste en herbe, sillonnée de nombreuses ornières de motos bien marquées. Dix minutes plus tard, nous expliquâmes aux représentants locaux de MAF à Viqueque où placer les panneaux publicitaires, et nous décollâmes, filant à toute allure sur la piste herbeuse, évitant les profondes ornières de motos, avant de nous élever sans effort dans les airs sous les nuages gris foncé désormais chargés de pluie.
Volant à environ 900 mètres d’altitude vers le sud-ouest, en direction de la côte sud, nous pouvions distinguer clairement de nombreux petits villages entourés de terres agricoles d’un vert éclatant, de cultures et de cours d’eau sinueux, principalement bruns et asséchés. La mer de Timor, turquoise, semblait calme, de petites vagues devenant d’un blanc vif lorsqu’elles se brisaient sur la plage.
En quelques minutes, nous survolions Same et entamions notre descente finale entre la dense forêt de cocotiers et la piste d’herbe d’un vert éclatant, régulièrement tondue grâce aux fortes pluies de Same. Nous avons atterri et roulé par à-coups sur une centaine de mètres avant de nous immobiliser. Les habitants semblaient intrigués par les atterrissages d’avions et, une fois le moteur coupé, ils se sont rassemblés avec curiosité et respect pour observer la scène. Notre escale fut prolongée car Ping insista en tétoum auprès du représentant local du MAF sur l’importance de maintenir la piste d’atterrissage dégagée de tout bétail en prévision des arrivées du MAF.
Deux jours auparavant, alors que l’arrivée de MAF était prévue, des bovins paissaient encore sur la piste. Le pilote dut effectuer une remise de gaz, le bétail ayant été déplacé à la dernière minute, ce qui entraîna un retard et une surconsommation de carburant.
À pleine puissance, le souffle de l’hélice aplatissant l’herbe verte et luisante derrière nous, nous avons décollé en cahotant, saluant les curieux encore présents. Nous avons pris de l’altitude dans le magnifique ciel azur du milieu de matinée et mis le cap sur Suai. Nous avons volé à 600 mètres d’altitude le long de la Suai Highway, une autoroute à quatre voies construite pour le futur trafic du projet pétrolier et gazier de Tasi Mane, avant de descendre au-dessus de l’impressionnant aéroport international Xanana Gusmão (lui aussi construit pour les futurs déplacements du personnel du projet Tasi Mane). Nous avons atterri en douceur sur la piste remarquablement lisse et peu utilisée, puis roulé jusqu’au terminal aux façades d’aluminium et de verre étincelantes, où une équipe d’employés en uniforme, souriants et visiblement fiers, nous attendait. À notre demande, ils se sont fait un plaisir de nous faire visiter ces installations modernes, mais encore sous-utilisées, avec leurs nombreux salons d’embarquement dotés de centaines de sièges confortables en tissu, recouverts depuis leur installation de plastique protecteur. Il y avait même un salon VIP !
Pénétrant dans la cabine chauffée (à l’abri du soleil de fin de matinée) du GA 8, nous avons de nouveau roulé jusqu’à la piste de décollage. En vol, nous avons traversé quelques nuages en direction du relief montagneux de Bobonaro, avant de descendre au-dessus des rizières d’un vert éclatant et aux motifs pittoresques qui entourent la piste d’atterrissage de Maliana. Un atterrissage en douceur sur l’herbe lisse et nous nous sommes immobilisés. Nous avons de nouveau été accueillis par l’équipe locale de la MAF, à qui Ping a remis leur kit promotionnel à distribuer dans les rues et les ruelles de Maliana.
Sans perdre une seconde, le puissant moteur Lycoming a rugi tandis que nous décollions le long de la piste, quittant notre dernière destination avant de virer légèrement à droite et de retourner à la base de la MAF au Timor-Leste. Nous avons rapidement survolé les eaux scintillantes du détroit d’Ombai, puis nous avons mis le cap à l’est au-dessus de Liquicá, le nouveau port maritime de Tibar, avant d’entamer notre approche finale pour atterrir sur la piste 08 vers 12h30, là où nous avions commencé notre aventure plus tôt dans la journée.
En une minute à peine, nous étions immobilisés devant le hangar de MAF, moteur éteint, forts d’une matinée entière de souvenirs inoubliables : sommets montagneux spectaculaires, villages de montagne isolés, immenses réseaux fluviaux sinueux, mers tropicales d’un bleu turquoise et l’accueil chaleureux des équipes de MAF dans les destinations visitées.
J’adore l’aviation sous toutes ses formes et ce vol matinal avec le commandant Ping, à survoler ce petit « Paradis d’Émeraude » au nord de l’Australie, restera l’un des plus beaux jours de ma vie !
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James Benjamin est membre du conseil d’administration de MAF Australie. Il vit et travaille actuellement à Dili, au Timor oriental, pour une durée de 12 mois dans le cadre du Programme des volontaires australiens.