Et si on transformait nos avions en cliniques volantes ?

Par Bastien Saint-Ellier, directeur de MAF France, actuellement au Libéria

Voici Foya, une petite ville du nord du Libéria, à la frontière de la Guinée et de la Sierra Leone. Pour y soigner une dent, il faut compter huit heures de route, quand tout va bien, jusqu’au premier dentiste. Un voyage bien trop long et trop cher pour ceux qui vivent ici.

Le pays compte 7 dentistes pour 5,7 millions d’habitants. C’est un peu comme si, habitant Paris, vous deviez prendre la voiture pour aller consulter à Marseille. Et le problème ne se limite pas aux dents : l’accès aux soins est catastrophique presque partout dans le pays.

Une rencontre, une plage, un plan dans le sable

Je suis au Libéria depuis début septembre. Au bout de quelques semaines, j’ai rencontré James, dentiste missionnaire anglais qui travaille avec l’association SIM à Monrovia. Il soigne à l’hôpital et forme des assistants dentaires, car le Libéria ne forme pas de dentistes : il faut partir à l’étranger pour le devenir. Pas de formation, pas de dentistes. Pas de dentistes, pas de soins. Et ce sont des vies abîmées inutilement, des difficultés pour travailler, pour aller à l’école. Car soigner les dents, c’est soigner le corps.

Le quotidien de James à la capitale est colossal, mais son cœur brûle pour les zones isolées, là où personne ne va. Un jour, sur la plage, pendant l’anniversaire de sa fille, on a pris des bâtons et on s’est mis à dessiner nos plans et à poser nos calculs dans le sable. Je lui ai dit : « Monrovia-Foya, c’est une heure de vol. Viens, on t’emmène en avion. »

Très vite, nous avons compris que nos deux organisations avaient tout ce qu’il fallait. La MAF assure la logistique et coordonne le projet. James, lui, peut se consacrer aux soins avec son équipe. Nous délocalisons simplement une partie de la branche dentaire de l’hôpital pendant une semaine. Pas plus compliqué que ça.

Un précédent qui donne de l’espoir

Ce n’est pas la première fois. En 2022, la MAF avait déjà transporté une équipe dentaire de l’hôpital ELWA. En trois jours et demi, 150 patients ont été soignés et 430 dents extraites. Simon, le dentiste de l’époque, racontait des patients qui attendent que l’abcès devienne insupportable, qui passent d’abord par un guérisseur traditionnel, ou qui se fendent une dent en croquant des os, une habitude culturelle très répandue. « C’est un monde très différent du nôtre », disait-il.

Ce qu’il nous manque

Toujours la même chose, le nerf de la guerre : des fonds. James peut mobiliser son équipe une semaine tous les deux mois. D’autres volontaires, médecins, ophtalmologues, infirmières, demandent déjà à nous rejoindre. Bientôt, nous pourrions déplacer un véritable mini-hôpital deux fois par mois dans des zones reculées.

Chaque mission coûte entre 5 000 et 15 000 € selon le lieu et la durée. Pour que ce projet ne reste pas une belle semaine isolée, mais devienne durable, nous avons besoin d’au moins 100 donateurs mensuels à 50 € par mois.

Et si c’était vous ?

On me dit que je suis trop ambitieux. Je ne le pense pas. Avec vous, nous pouvons faire voler une clinique tous les deux mois et soigner au moins 2 000 personnes par an, sûrement bien plus à terme, dans un pays où 8 personnes sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté en zone rurale.

En soutenant la MAF chaque mois, vous permettez à une clinique mobile de décoller. Alors, et si vous passiez le cap du don mensuel ?

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