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Déplacer La Montagne
Déplacer La Montagne
Déplacer La Montagne

L’équipe de la MAF nous raconte son long et périlleux voyage pour rejoindre le village de Lailenpi. Il se situe dans les montagnes de la Birmanie, aujourd’hui appelée Myanmar. Ce voyage avait pour but d’évaluer la faisabilité de déplacer une montagne pour y aménager une piste d’atterrissage. Ainsi réaliser le rêve d’un village isolé de se rattacher à une ligne de vie.

Voyage  laborieux sur les pistes de montagne

Après avoir passé quatre jours, à raison de 10 à 12 heures par jour, sur des pistes cahoteuses en pleine montagne, nous arrivons à la moitié de notre périple. Il nous aura fallu cinq heures pour parcourir les derniers 100 kilomètres dans la poussière suffocante, longeant des ravins à pic. C’était relativement rapide car aujourd’hui la vitesse moyenne s’est réduite sur une piste qui se rétrécie.

Et pourtant, nous sommes privilégiés à bord de 4x4s ! En effet, il était prévu que nous effectuions cette portion du voyage à l’arrière de motos pendant plus de 9 heures sur ces pistes escarpées de montagne. Ou même pire encore: A pied pendant des jours si nous étions nés dans la montagne de l’État de Chin. C’est la région la plus reculée et la plus pauvre du Myanmar. En plus, nous avons la chance de nous y trouver pendant la saison sèche. En effet quand les moussons arrivent, les routes deviennent trop dangereuses et impraticables.

Chad Tilley, le Directeur MAF pour le Myanmar nous explique que c’est une des raisons pour lesquelles nous effectuons ce voyage périlleux à ce moment de l’année. Pendant la saison des pluies, ce serait quasi impossible. « Quand il pleut cinq mois de l’année, la région toute entière est à peu près coupée du reste du monde » ajoute-t-il entre deux secousses.

Aider les plus isolés: un besoin vital

Le docteur Sasa, du village de Lailenpi, au volant du véhicule principal, nous conduit à son village niché au creux de la montagne. Cette piste n’existait même pas il y a de cela deux ans. A présent les pelles mécaniques et les bulldozers luttent pour déplacer la terre, créer et élargir des pistes à flan de montagne. Mais elles s’effondrent ou disparaissent dans des glissements de terrain à chaque saison de mousson.

La MAF a pris la décision d’ouvrir une base au Myanmar suite à de nombreux voyages de reconnaissance qui ont révélé le besoin d’un pont aérien. C’est en 2015 que la MAF a commencé les démarches administratives et à nouer des contacts pour commencer des vols. La pièce centrale de tout programme MAF est la piste d’atterrissage : l’évaluation, l’aménagement et l’entretien de la piste d’atterrissage vitale dans des villages reculés en pleine montagne. Beaucoup d’anciennes pistes d’atterrissage dans le Myanmar restent inutilisées, faute de travaux nécessaires pour les rendre opérationnelles. D’autres emplacements exigent la construction d’une piste d’atterrissage à partir de rien comme c’est le cas à Lailenpi.

Le Docteur Sasa a grandi dans un village de montagne avec une connaissance profonde de ce qu’est un vrai isolement. Quand il était jeune enfant, il se rappelle du jour où la meilleure amie de sa mère est morte en couches avec le bébé. Et du jour où il a perdu trois de ses amis d’enfance de la diarrhée en 24 heures. Sans clinique, sans hôpital, sans routes, ou même sans éducation, il savait que rien ne changerait. Le seul moyen était qu’il ne puisse lui-même aider son propre peuple. Il fallait qu’il devienne médecin.

Il est devenu ce médecin, a lancé une ONG appelée «Health and Hope» (Santé et Espoir), et a commencé à former des Agents de Santé Publique dans l’État de Chin. 834 soignants ont été formés en 6 ans et servent à présent auprès de leurs villages respectifs soit 551 villages. Des sages-femmes sont venues se joindre aux équipes. Vraiment rien n’est impossible, y compris de déplacer une montagne !

Etre relié à une ligne de vie: L’espoir de toute une communauté.

L’accueil, quand nous sommes arrivés au village, reflétait l’excitation que le docteur Sasa avait décrite. Trois groupes distincts en costumes traditionnels, nous ont salués en nous présentant des bouquets de fleurs et en réalisant des danses pour nous. La joie véritable sur leur visage surpassait tout ce que nous aurions pu imaginer. Depuis le sommet d’une colline flanquée d’une croix haute de 5 mètres, nous avons pu apercevoir le dernier groupe qui nous attendait pour nous accueillir dans le village au-dessous. Une file de plus de mille personnes alignées en travers d’un grand terrain de football.

« Personne ne peut atteindre cet endroit sans sacrifice » nous dit le docteur Sasa. Ces gens avaient compris cela et étaient débordants de reconnaissance que nous soyons venus.

Nous avons été réveillés le matin après notre arrivée au son d’une pluie battante sur le toit de tôles ondulées. Les dernières moussons s’étaient arrêtées en novembre dernier et il ne pleut jamais en février nous affirmait-on. Quand la pluie s’est arrêtée, la mission d’évaluation de la piste d’atterrissage pouvait débuter sous un ciel nuageux. Plus de 100 hommes et femmes s’étaient réunis pour aider, et se tenaient sur la colline à demi défrichée. En effet, suite à la visite surprise de Dave McCleery de MAF deux ans auparavant en voyage de reconnaissance, le village avait dégagée une partie de la colline afin d’y construire une piste d’atterrissage.

Avec ses 300 mètres de long la zone dégagée restait largement insuffisante. « Nous n’avions aucune idée de ce que nous trouverions » dit Bryce après avoir vu la zone dégagée. « Quand nous sommes arrivés ici, nous avons vu que cela ne représentait qu’un tiers de la longueur de piste requise ».

Chad et Bryce fixent alors un objectif minimal de 800 mètres pour la piste d’atterrissage, prenant en considération les risques de l’élévation, de la météo et des obstacles montagneux. Comment allaient-ils réussir à aplanir ce terrain pentu pour en faire une piste d’atterrissage ?

A mesure que le jour avance, divers tracés sont envisagés et l’idée de déplacer la montagne devient de plus en plus évident. Les pelles mécaniques et des bulldozers pourraient être apportés depuis l’Inde. Bien sûr, cela prendrait quatre à cinq jours pour atteindre Lailenpi, mais c’était faisable. A chaque soupçon de doute de l’équipe, le docteur Sasa réponde et assure de la faisabilité de la chose. Il a déjà vu des montagnes bien plus hautes que celle-ci être déplacées dans sa vie. Sa foi est irrésistible.

Reconnaissance et responsabilité.

Le troisième jour à Lailenpi, nous nous sommes réveillés avec le soleil et dans la joie. Les responsables de la ville avaient organisé pendant la nuit une fête pour l’équipe. Au programme, des danses traditionnelles, des prédications et un repas pour 1500 personnes. Dans le discours de clôture des festivités, le docteur Sasa a parlé de ce que cette visite avait signifié pour lui et tous ces gens.

« J’étais complètement épuisé et à bout de souffle. Je voulais juste m’asseoir et ne plus rien faire » a-t-il expliqué, en décrivant les nombreuses randonnées exténuantes qu’il avait effectué avec l’équipe dans la jungle pour prendre des mesures précises en vue de la construction de la piste d’atterrissage. « C’est alors que j’ai contemplé toutes ces choses étonnantes que Dieu faisait dans ce petit village pour Sa Gloire et Sa Bonté. Nous ressentons tous que les mots nous manquent pour vous exprimer notre reconnaissance débordante. Simplement nous souhaitons vous dire, que vous êtes pour nous comme des anges envoyés de Dieu. En Son temps, les choses arriveront pour Son bien. En venant, vous nous avez amenés un jour de joie et une raison de célébrer ».

Au cours des trois jours que nous avons passé dans le village de Lailenpi, nous avons entendu de nombreuses histoires d’une vie d’isolement. Nous avons vu les besoins médicaux, le manque d’école, et les années de famine. Nous avons ressenti la gratitude, et l’espoir que notre visite a apporté à ces gens.

Sur la route de retour pour redescendre de la montagne, Chad réfléchit aux relations futures entre la MAF et les habitants de Lailenpi. Il songe aussi aux progrès que cela va amener. « A présent, le plus important est la responsabilité qui repose sur nous. Face à un tel accueil, une telle démonstration d’hospitalité et de joie » dit-il. « Si tout cela est réalisable pour nous, nous nous devons de le faire ici. Nous voyons qu’il y bien un réel besoin ici ».

« Tout d’abord nous devons continuer à prier parce que cela va être un processus long et compliqué. La construction en elle-même est probablement la partie la plus facile. Les permissions gouvernementales sont probablement les plus difficiles à obtenir ainsi que de réunir les fonds nécessaires. C’est un long processus à venir. Ceci est la première étape. Mais vous devez faire ce premier pas si vous voulez faire une différence ».

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